face au palais

Je me suis installée en face du palais du fruit, maraîcher luxuriant qui reproduit à lui seul l’impression d’un marché. Mais ne vous y fiez pas : ce n’est ni moins cher ni meilleur. L’avantage c’est qu’on y trouve généralement ce qu’on veut. C’est déjà ça !

Soudain je réalise :
Que je suis dans le deuxième arrondissement
Que j’ai replongé dans l’écriture du Topos "odyssée"
Qu’il serait peut-être bon de prendre des notes pour une série [métro] ou [vie parisienne].

Mais il ne se passe rien de spécial et je suis d’humeur paresseuse. Je regarde devant moi. Je me perds dans la délicieuse sidération du débit de cette rue semi-piétonne : d’où sortent-ils tous ? Je n’en crois pas mes yeux. Dire que moi aussi j’en fais partie. Je ne dois pas me contenter de cette illusion d’exception (d’extraction) que m’apporte l’immobilité. Je suis une passante parmi les passants même si je suis assise à la terrasse d’un café en train d’attendre que la serveuse m’apporte ma commande.

Je n’aurais peut-être pas dû prendre un café : il est tard, je ne pourrai pas dormir cette nuit. C’est pas grave, de toutes les façons je ne compte pas dormir, je compte écrire. Alors c’est bien. Autant prendre un café.


Type de document : streetchroniques

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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vos mots

Quand j'écris, je ne veux pas de narration, de fiction, de récit. Mon propos est ailleurs. Radicalement. Essentiellement. Mon propos est l'anodin, la restitution, la captation, l'instantané.
Polaroïd du ressenti, du vécu.

Ecrire jusqu'à l'ivresse, jusqu'à en oublier la faim, le sommeil ou la solitude.

Ecrire jusqu'à me perdre dans cette voix qui me dicte chaque mot, ne voir que la plume, la main droite qui impulse le sillon toujours inespéré, la main gauche qui repose comme un chat sur la page du cahier et dont l'ombre seule me rappelle encore que le temps existe, n'entendre que le crissement du papier Moleskine, et redouter qu'un instant - à peine - qu'un instant plus tard, la phrase s'arrête, c'est certain, je ne peux pas écrire sans cesse toute la vie, toute l'éternité même si je peux écrire jusqu'à ma mort.

Vivre au présent dans la lettre, le mot, le syntagme.

Je suis mécontente. Vos mots se font languir. Je n'ai pas eu de vos nouvelles depuis très longtemps. Faudra-t-il que j'aille en Toscane venir chercher moi-même votre lettre ?

Au Dottore Pi


Type de document : correspondances

Auteur fictif : Capitaine L

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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