( Pierre ‘dit P’tit Gars’ fait un rêve : )
"Ecoute ! – Ecoute ! – C'est moi, c'est Loula qui frôle de ses paroles les crevasses sonores de tes souvenirs striés par les mornes aveux de la lune ; et voici, en robe de moire, notre magnétique attirance qui contemple à sa patience le filet stellaire de la nuit et Paris endormi."
"Chaque mot est un ondin qui voyage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers notre palais, et notre palais est bâti numérique, au fond de la ville, dans le réseau de bitume, de rimes et de briques.
"Ecoute ! – Ecoute ! – Mon appel bat la fièvre arythmique de la foule, et mon désir emporte de ses bras ignés les frêles sursauts insolents des sourires et regards interceptés aux arrêts du métro."
Son chant murmuré, elle me supplie de recevoir son anneau à mon doigt pour être l’époux d’une Aède, et de revenir avec elle au palais pour être le roi de Paris.
Et je veux lui répondre que j’aime une mortelle mais j’ai peur que, blessée et poussière, elle ne pleure quelques cendres, pousse un éclat abyssal et s’évanouisse en ondées qui ruissèleront – électriques – le long de mes remords acérés.
Type de document : chroniques de Kiméria
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Référence : Ondine, Aloysus Bertrand
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
L’ensemble des textes d'un récit variable forme une base de données - un réservoir de textes - qui est agencée en de multiples niveaux de liens. Cette base de données peut être comparée à un espace qui possède une topographie, une architecture, une identité et des règles : un Topos (du grec topos : région, lieu).
Un Topos est semblable à une ville : il a ses quartiers, ses voies de circulation et de liaison. Comme une ville il peut grandir. Et, comme dans une ville, chacun y circule, y vit, y communique à sa façon.
Par exemple, connaître Paris, c’est connaître quelques endroits de Paris. Tous les Parisiens connaissent Paris mais aucun d’entre eux ne connaît le même. Pour un Topos, c’est la même chose. Tous les lecteurs d’un Topos le connaissent, mais aucun ne connaît le même.
Mais le Topos, ce n’est pas encore le récit.
Le récit naît quand un lecteur choisit des textes au sein du Topos et quand il les ordonne.
Ainsi, le récit est toujours variable. Il dépend :
- du choix des textes opéré par le lecteur ;
- de l’ordre des textes ;
- des supports d’édition et diffusion (électronique, papier d’imprimante, livre papier, affiche, son, etc.)
Le récit est donc toujours un récit potentiel parmi d’autres, une virtualité. C’est pourquoi c’est un récit variable.
Pour alléger le propos, consultez la version light de ce texte : un topos, c'est comme un frigidaire