- Je crois qu'écrire est mon unique souvenir. Mais toi, Loula, même perdue dans cet espace si froid, d'avant ou d'après le monde, dans cet espace de formes et de modèles, tu te souviens. Les chantres ne peuvent pas oublier. Ils ont de la mémoire.
- Non. Ils sont la mémoire. Comme la vie est le corps ou l'esprit ou le vent ou les grains de sucre éparpillés autour d'une tasse de café, traces du mouvement de la main, de la souche, de la parole qui saigne au-dessus d'un papier à cigarette sur lequel quelques mots d'adieu ont été écrits. Et si je suis la mémoire, Capitaine, comment pourrais-je l'avoir ? Je suis en mémoire comme d'autres sont en vie. Comme tu es en oubli.
Type de document : minutes des mémoires absolues
Auteur fictif : Les Greffiers
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Je suis assise tout au fond du café qui s'est vidé.
La vitrine comme un écran panoramique.
La rue comme le plus magnifique plan-séquence.
Les poissonniers harranguent les passants en bonnet brillant de Père Noël, le boucher en canotier transporte un immense bouquet, le marchand de quatre saisons emplit l'étalage dégarni.
Après demain, c'est Noël et jamais les rues n'ont été si vides en ces époques d'étrennes. Jamais l'ambiance des fêtes n'aura été si tardive. La rue sent la peur de demain.
La lumière est blanche. Que c'est beau pourtant.
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : 1
Textes satellites : aucun