tendrement

Ma chère Sophie,

Je profite d'une brève halte dans mon voyage pour t'envoyer ces quelques mots, en espérant que tu les recevras avant que nous ayons trop changé pour nous comprendre encore.

Je pense que notre courte aventure était une erreur. Tu me l'avais dit, mais je ne comprenais pas.

Maintenant, je le vois bien, nos navires ne vogueront jamais sur les mêmes eaux.

C'est en partageant une bière avec un drôle de journaliste que je l'ai compris.

Ne nous en voulons pas.

Ces quelques soirées resteront au fond de mon coeur comme un souvenir doux-amer.

A jamais, donc, ainsi que tu le souhaitais.

Puissions-nous nous reconnaître et nous épargner si nous nous retrouvons un jour face à face.

Tendrement

S.



Type de document : correspondances

Auteur fictif : Sgarideni

Auteur réel : Paskal

Provenance du texte : Participation

Commentaires : 2

Textes satellites : aucun

sortants

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supplique à deux voix

Capitaine L
Je ne suis pas conteuse, je suis scripte. J’aime parfois les mots que je combine et m’entends – incrédule – les prononcer. Plus encore : je les redoute, je les regrette.

Loula
Je ne suis pas scribe. Je suis rhapsode. J’aime parfois les mots qu’on me lit et m’entends – orgueilleuse – les rehausser. Les incarner. Plus encore : je les goûte, je les guette.

Capitaine L
Mon écriture – quand elle s’étire et se tresse - me conforte et me protège. J’aimerais dire : laissez-moi me taire et lisez, s’il vous plaît.

Loula
Ecrire je ne sais pas. Je ne veux pas savoir. Seulement déclamer.

Capitaine L
Dire je ne peux pas. Je ne peux pas savoir. Seulement graver.

Loula
Mais pour qui chanter désormais ? Pour les séquences binaires ? Les pulses et les switchs ?

Capitaine L
Et pour qui tracer si rien ni personne ne me relaie?

Loula
Ma voix s’est tue, elle ne dit plus Paris, elle ne crie plus sa faune, elle ne cerne plus ses plans. Je m'étiole. Je m’éteins. Je vous en prie, préservez-moi, écoutez-moi ! Je suis si loin entre les chiffres, les bips et les points. Je ne suis ni son ni image, je suis parole, parole. M’entendez-vous ? Entendez-vous mon murmure endeuillé qui sourd depuis la face cachée ?

Capitaine L
Mon encre se fossilise dans sa solitude. Je vous en supplie : lisez-moi, vivez-moi. Donnez-moi le droit de calligraphier dans l’immensité des bibliothèques, des rues et des librairies, de porter mes cargaisons, mes passagers et mes équipages et de délivrer, de délivrer tous ces mots à naître que ma main, mes yeux et mes oreilles creusent à ciel ouvert. Ecrire est mon urgence.

Loula et Capitaine L
Sans toi qui suis-je ?


Type de document : minutes des mémoires absolues

Auteur fictif : Les Greffiers

Auteur réel : Carole Lipsyc

Provenance du texte : Noyau liminaire

Commentaires : aucun

Textes satellites : aucun

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