Pardonnez-moi, je vous croyais mort, vous ne l’étiez pas ... Comment aurais-je pu imaginer qu’il restait encore un poète vivant?
Quand je vis l’affiche qui annonçait votre visite à Strasbourg dans cette petite salle de conférence de la Place du Corbeau, au coin de la ruelle sombre où avait vécu ma grand-mère, je crus à une résurrection – vous n’en deveniez que plus grand encore ! Tremblante, je m’étais assise au fond de la salle, heureuse, – auguriez-vous l’immortalité des chantres ?— je tentais de vous écouter mais, je l’avoue, je n’avais d’yeux que pour vos oreilles, si grandes oreilles dont les lobes immenses touchaient la terre.
Je comprenais enfin d’où venait votre verve tellurique : le rythme de vos vers, leur sobriété, n’était pas dionysiaque, je l’avais remarqué ! Vous n’étiez traversé ni par le duende, ni par la pena negra ni par le daïmon, non ... vous récitiez la terre parce vous l’entendiez avec votre ouïe fine ! Une ouïe de lutin, de chimère, de marin qui ne prend pas la mer ... vous n’étiez donc pas un humain ! Vous étiez un être mythique, un "guillevic", et si vous n’aviez pas de prénom, c’était parce que guillevic n’était pas un patronyme mais un genre. Et dire que personne ne s’en était rendu compte !
Guillevic : farfadet du Morbihan, aux grandes oreilles, porte parole de la nature et des éléments air, terre et eau (mais pas du feu)
Type de document : carnets personnels
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
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Textes satellites : aucun
J’arrive dans un village :
" Votre attention, s’il vous plait !
Je suis la Griotte.
Je suis là parmi vous
Pour vous rendre heureux,
Frères et sœurs."
Je prends mon tam-tam et puis je me mets à chanter.
Tout le village s’épanouit par ma belle voix. Je m’installe parmi eux. On se met à discuter.
Soudain, une petite fille m’apprend une nouvelle : ils vont célébrer le mariage de sa sœur.
Je lui réponds :
"Ah bon ! Et où ? "
"Tout là-bas derrière le château du Roi."
La nuit tombe. Je m’endors aussitôt en rêvant de demain et du mariage.
Le lendemain matin, je sens l’odeur inattendu d’un plat sénégalais. Je sens l’eau qui me monte à la bouche. Je me lève et je m’habille.
Je salue la compagnie : "bonjour !"
Au loin, du monde se dirige vers le château.
Nous les rejoignons.
Type de document : chants des petits griots
Auteur fictif : Miss Tigri
Auteur réel : Fatou
Provenance du texte : Mission Possible
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun