Mon Amour, tu me manques.
Je ne chercherai pas de ces mots séducteurs pour te le dire. Pas même dans la simplicité. Non. Aucun. Rien.
Tu me manques, c'est tout. Totalement, trop fort, depuis trop longtemps.
Je ne dirai rien de plus, rien de mieux.
Je suis lasse des formules et des lettres. Je veux te voir, respirer ton odeur de thé vert bercée de sueur, me perdre de joie dans ta beauté souple et rare, rejoindre ton corps de berger maltais (ah cet oriental exigeant, intransigeant et mystérieux qui règne en toi, tes origines...), dormir les jambes entremêlées, les tiennes si longues, ta main contre ma paume relevée, dans cette pose saturée d'amour dans laquelle nous finissons toujours par nous assoupir, apogée d'un tango silencieux.
Je ne peux pas venir pour l'instant dans les Alpes. Le travail, la rentrée. Et puis tu sais que, ces derniers temps, je n'aime plus voyager, prendre le train, quitter Paris. Mon centre d'inertie...
Mais toi, mon Trésor, pourquoi restes-tu encore ? L'été est fini ... Reviens.
à l'Homme des Montagnes
Type de document : correspondances
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : CL
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun
Station Picpus-Courteline. Je cours dans le métro. Je suis en retard.
Découvrant une énième campagne publicitaire, abattue, je laisse ma main attraper un carnet et me poser ces questions qui n’en peuvent plus de se taire…
La société crée-t-elle la publicité à son image ou bien se façonne-t-elle à l’image de la publicité ?
Quand 2 femmes en string, topless, sont engagées dans un combat de boxe - plus érotique que sportif - contre un homme en caleçon stretch ; quand 3 adolescents nus sur un canapé se reposent "avant" ou "après" la jouissance et que le sexe de la jeune fille est exposé ; quand un couple se déshabille pour copuler sur du bitume macabre près d’une cuvette de toilette étincelante en vantant la propreté du plaisir ; quand 2 femmes en attirail SM partagent lascivement un sofa : que nous dit-on ?
Que nous vivons dans une société libre sexuellement ou que toute résistance à l’orgie scatologique et pédophile est réactionnaire ?
Nous offre-t-on les images que nous voulons voir ou prépare-t-on de faux "libres consentements" et de vrais abus ?
Le sexe sert-il à vendre ou bien, en fin de compte, omniprésent, ne finit-il pas par devenir ce qui nous est vendu ?
Nos rues, nos bus, notre métro sont-ils désormais le terrain d’évangélisation d’une nouvelle idolâtrie dont l’icône et le culte seraient la sexualité orgiaque et violente bâtie sur l’esclavagisme du féminin ?
A l’heure où adolescents et jeunes adultes rencontrent la pornographie avant l’amour, est-il plus important de préserver l’espace public de la fumée de cigarette que des images sexuellement agressives et intrusives?
La permissivité absolue, le no limit, la fin des tabous ne finissent-ils pas par devenir une dictature ?
Notre passivité et notre silence sont-ils une impuissance, un renoncement, un accord ou de la complicité ?
Type de document : streetchroniques
Auteur fictif : Capitaine L
Auteur réel : Carole Lipsyc
Provenance du texte : Noyau liminaire
Commentaires : aucun
Textes satellites : aucun